Le 19 juillet dernier, réunis à Lungi, en Sierra Leone, à l’occasion de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO les dirigeants ouest-africains ont adopté une nouvelle feuille de route destinée à consolider l’unité régionale, accélérer l’intégration économique et répondre aux défis sécuritaires. Au cœur des décisions prises: l’adoption du « Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale » et la réaffirmation du lancement de la monnaie unique ECO à partir de 2027.

Sous la présidence du chef de l’État sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice sortant de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, le sommet de Lungi a marqué une étape importante dans la volonté de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de réaffirmer son rôle dans un environnement régional et international en profonde mutation. Les dirigeants ont solennellement adopté une Déclaration d’engagement visant à renforcer la cohésion régionale, promouvoir une paix durable et accélérer le développement économique et social des États membres.
La rencontre, qui a enregistré la participation de plusieurs chefs d’État et de hauts responsables régionaux, dont le ministre togolais des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’extérieur, Robert Dussey, représentant le Togo, a également permis d’examiner les performances économiques de la Communauté, les questions de sécurité, la libre circulation des personnes et des biens ainsi que les grands projets structurants de l’espace ouest-africain.
Sur le plan économique, la Conférence a relevé la résilience des économies de la région en 2025 et affiché des perspectives positives pour 2026, avec notamment une baisse de l’inflation, une amélioration du ratio dette publique/PIB et un renforcement du compte courant. Les chefs d’État ont toutefois appelé à davantage d’efforts pour contenir les déficits budgétaires et renforcer la stabilité macroéconomique.
La grande décision économique reste la confirmation du processus de mise en circulation de l’ECO, la monnaie unique de la CEDEAO. Les dirigeants ont réaffirmé leur engagement pour un lancement en 2027, avec une approche progressive qui concernera dans un premier temps les pays remplissant les critères de convergence. Les États qui ne seront pas encore prêts bénéficieront d’un accompagnement afin de faciliter leur intégration future dans cette nouvelle architecture monétaire régionale. La Conférence a également salué l’enregistrement de la marque « ECO » auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI).
Dans le domaine agricole, la CEDEAO a exprimé ses préoccupations face aux difficultés liées à la sécurité alimentaire et à la hausse du coût des intrants agricoles, notamment des engrais. Elle a encouragé l’accélération de la mise en œuvre de la feuille de route régionale pour le riz afin de réduire la dépendance aux importations et renforcer la souveraineté alimentaire ouest-africaine.
La libre circulation des personnes et des marchandises demeure également un pilier central de l’intégration régionale. Les chefs d’État ont réaffirmé leur attachement au protocole communautaire sur la mobilité, le droit de résidence et d’établissement, tout en insistant sur la nécessité de préserver les acquis de la CEDEAO et de faciliter davantage le commerce transfrontalier. Les discussions avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) devront, selon la Conférence, contribuer à maintenir les échanges économiques et les liens entre les populations.
Sur les infrastructures, la Conférence a demandé à la Commission de la CEDEAO de préparer un portefeuille de projets régionaux prioritaires dans les secteurs du transport, de l’énergie, du numérique et de l’hydraulique afin d’attirer davantage d’investissements publics et privés. Le projet de Gazoduc Afrique-Atlantique (GAA), soutenu par la CEDEAO et le Maroc, a été réaffirmé comme une initiative stratégique pour renforcer la sécurité énergétique, favoriser l’industrialisation et améliorer la connectivité régionale.
Les dirigeants ont également adopté plusieurs mesures relatives à la transformation numérique, notamment un cadre renforcé sur la protection des données personnelles, la cybersécurité et la gouvernance numérique. Ils ont par ailleurs adopté une déclaration présidentielle sur la promotion de la parité hommes-femmes dans la représentation politique, appelant les États membres à renforcer la participation des femmes dans les instances de décision.
Sur le front sécuritaire, la Conférence a exprimé sa vive inquiétude face à la progression du terrorisme, des attaques armées et des déplacements forcés de populations dans plusieurs zones de l’Afrique de l’Ouest, notamment au Sahel et dans le bassin du lac Tchad. Elle a approuvé la feuille de route révisée pour la mise en service de la brigade antiterroriste de la CEDEAO, avec un objectif de pleine capacité opérationnelle à l’horizon juillet 2027. Les États membres ont été invités à accélérer leurs contributions financières afin de permettre l’activation effective de cette force régionale.
Concernant les relations avec l’Alliance des États du Sahel (AES), la CEDEAO a décidé de prolonger jusqu’en décembre 2026 le mandat de son négociateur en chef, Lansana Kouyaté, tout en réaffirmant que les discussions avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger devront se poursuivre dans un cadre commun.
Le sommet a également abordé plusieurs situations politiques dans la région. La CEDEAO a appelé à une transition inclusive et transparente en Guinée-Bissau, où un référendum constitutionnel est prévu le 30 août 2026 et des élections générales le 6 décembre 2026. Elle a aussi salué les avancées enregistrées en Sierra Leone dans le cadre de l’accord d’unité nationale entre le gouvernement et l’opposition.
Au chapitre institutionnel, les chefs d’État ont procédé à plusieurs nominations stratégiques. Le Général sénégalais Birame Diop a été désigné président de la Commission de la CEDEAO pour le mandat 2026-2030, succédant à Omar Alieu Touray. Le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye a, quant à lui, été élu président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO pour un mandat d’un an.
La 69e session ordinaire de la CEDEAO s’achève ainsi sur une volonté affichée de relancer la dynamique communautaire, dans un contexte marqué par les crises sécuritaires, les mutations économiques et les défis géopolitiques. À travers le Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale, l’organisation entend réaffirmer son ambition: bâtir une Afrique de l’Ouest plus unie, plus résiliente et davantage tournée vers une croissance inclusive.

